Est-ce que les poissons dorment : réponses et faits

Eau douce

Damien

L’article en bref

Les poissons dorment réellement, mais selon des mécanismes très différents de celui des humains.

  • Absence de paupières : les poissons restent les yeux ouverts pendant leur sommeil, qui ressemble à une période d’inactivité et de ralentissement général
  • Cycles courts : ils dorment par phases de quelques minutes, rarement plusieurs heures d’affilée, sans phase REM comparable à la nôtre
  • Influences lumineuses : la plupart s’endorment à l’obscurité, bien que certaines espèces inversent ce schéma et dorment le jour
  • Stratégies variées : le poisson-perroquet crée un cocon de mucus, la girelle s’enterre dans le sable, tandis que certains requins dorment en nageant lentement

Chaque semaine, des clients me posent la même question devant les bacs de mon rayon : « est-ce que les poissons dorment vraiment ? » La réponse courte, c’est oui. Mais la réalité est bien plus captivante. Avec plus de 20 000 espèces de poissons répertoriées par la science, autant dire que « dormir » peut signifier des choses très distinctes selon l’espèce que vous observez.

Oui, les poissons dorment — mais pas comme vous

Première chose à clarifier : les poissons n’ont pas de paupières. Alors quand on les voit immobiles dans l’aquarium, les yeux grands ouverts, on se dit qu’ils veillent. C’est une idée reçue. L’absence de paupières ne les empêche pas de se reposer, car leurs yeux baignent en permanence dans l’eau et ne risquent pas de se dessécher. Certains requins possèdent bien une membrane nictitante, mais elle ne se ferme pas pendant le sommeil.

Le sommeil des poissons ressemble davantage à une période d’inactivité et de ralentissement général. Le rythme cardiaque diminue, la respiration se fait plus rare, les muscles se relâchent. Ils dorment par courtes phases de quelques minutes, rarement plusieurs heures d’affilée. C’est là une différence fondamentale avec notre sommeil humain.

En 2019, Philippe Mourrain et ses collègues de l’Université Stanford ont observé des poissons-zèbres sommeillant dans des boîtes de Petri remplies de gel. Résultat ? Pour la première fois, des cycles de sommeil ont été mesurés chez ces poissons, présentant une ressemblance étonnante avec le sommeil profond humain. Ces petits poissons effectuaient même des mouvements oculaires rapides, caractéristiques de la phase paradoxale. De là à dire qu’ils rêvent… je ne vais pas jusque-là. Aucun signe clinique ne prouve à ce jour que les poissons rêvent.

Le mécanisme de repos chez les poissons

Selon Michael Heithaus, biologiste à l’Université internationale de Floride, la plupart des études suggèrent que les cerveaux ont besoin de temps morts — pour éliminer des toxines ou simplement récupérer. Les cerveaux des poissons ressemblent aux nôtres sur bien des points. Il n’est donc pas surprenant qu’ils aient eux aussi besoin de « se mettre en veille ».

Les poissons ne tombent pas dans une phase REM comparable à la nôtre. Ils restent dans un état de semi-conscience, jonglant entre éveil et repos. Pas de rêves, donc — mais un vrai besoin de récupération physique et neurologique.

Lumière, obscurité et rythmes circadiens

La plupart des poissons s’endorment quand l’obscurité s’installe. Des plongeurs l’ont confirmé en océan : les poissons des récifs se mettent au repos à la nuit tombée. Dans un aquarium, c’est pareil — c’est pourquoi on éteint les lumières chaque soir. Si la lumière reste allumée en permanence, les poissons se réfugient dans les coins sombres du bac. La photopériode influence directement leur comportement, leurs migrations et même leurs périodes de reproduction.

Mais certaines espèces inversent le schéma. Le requin-zèbre dort le jour et chasse dès la tombée de la nuit. La tanche, elle, s’allonge sur le fond par séquences d’une vingtaine de minutes. La barbotte brune reste dans son abri toute la journée sans réagir à aucun stimulus. La girelle de Méditerranée, quant à elle, adopte un rituel immuable : elle s’enfouit sous le sable chaque soir pour y dormir.

Des stratégies de repos surprenantes selon les espèces

Voici un aperçu comparatif de quelques comportements de repos chez différentes espèces :

Espèce Mode de repos Moment
Girelle de Méditerranée S’enterre dans le sable Nuit
Tanche Allongée sur le fond Jour (séquences ~20 min)
Requin-zèbre Immobile, fond marin Jour
Astyanax mexicanus (tétras aveugle) Arrêt total de mouvement Jour (Mexique)
Poisson-perroquet Cocon de mucus Nuit

Le cas du poisson-perroquet me intéresse spécialement. Chaque soir, il sécrète un mucus qui forme autour de lui un franc cocon protecteur. Ce « sac de nuit » remplit plusieurs fonctions : il alerte le poisson si un prédateur l’effleure, répare les blessures, protège contre les parasites, et agirait même comme une barrière antibiotique. Perturber ce cocon, c’est déclencher une fuite immédiate — un peu comme faire sonner un réveil brutal.

Les requins : dormir en nageant

J’adore expliquer ça aux clients les plus sceptiques. Certains requins pélagiques doivent nager en continu pour faire circuler l’eau dans leurs branchies. Comment dorment-ils, alors ? En 2017, des plongeurs ont photographié une vingtaine de requins à pointes blanches (Triaenodon obesus) agglutinés en un amas quasi-immobile. Des chercheurs de Californie ont observé que les jeunes requins blancs nagent en grands cercles très lents, laissant des traces régulières dans le sable — comme des crop circles sous-marins.

Michael Heithaus avance l’hypothèse d’un sommeil unihémisphérique chez les requins : un hémisphère du cerveau se repose pendant que l’autre maintient le cap. Les dauphins fonctionnent exactement ainsi, dormant jusqu’à huit heures par jour par tranches allant de quelques minutes à deux heures. Les baleines répètent quant à elles six cycles de repos de 20 à 30 minutes chaque jour.

Ne pas couler pendant le sommeil

Une question revient souvent : comment font-ils pour ne pas couler ? La réponse tient en deux mots — vessie natatoire. Cet organe abdominal, rempli de gaz, régule la flottaison sans effort musculaire. Les poissons de fond et les requins, eux, n’en disposent pas — d’où la nécessité de nager en permanence ou de se poser sur le substrat. C’est pour cela que la ligne latérale, ce canal sensoriel qui longe leurs flancs, reste active même au repos — elle détecte les vibrations des prédateurs en approche.

Si vous souhaitez approfondir la question du bien-être des poissons sur le long terme, je vous invite à consulter notre article sur la poisson rouge queue de voile durée de vie — on y parle justement des conditions d’hébergement qui influencent la santé de ces animaux.

Sources de référence — wiki aquaculturewiki pisciculture

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